lundi 19 août 2019

Taille arboricole - Interview de nos étudiantes en master d'ergonomie

La taille arboricole groslaysienne analysée par des étudiantes en ergonomie.



Le Réseau Groslaysien, en partenariat avec des arboriculteurs groslaysiens, accueille depuis novembre dernier 2 étudiantes en master d’ergonomie de l’université Paris VIII. Dans le cadre de leur stage, elles réalisent une analyse de la taille arboricole afin de comprendre comment les arboriculteurs planifient leur travail en tenant compte des contraintes météorologiques et des autres activités à réaliser (conditionnement, vente, réparation de matériel, gestion du personnel, etc.). L’analyse vise également à identifier la manière dont la taille est effectuée par les arboriculteurs de manière à favoriser la fructification et le développement harmonieux des arbres tout en limitant la sollicitation de leur corps et la fatigue. Nous leur avons proposé de présenter leur stage sur un sujet peu banal à l’heure du numérique.



Réseau Groslaysien : Ashley Hurchund, Finiavana Andrianarivelo quel est votre parcours universitaire ?

Ashley Hurchund : j’ai 24 ans et j’habite à Bobigny. Après avoir obtenu ma licence de psychologie à l’Université de Paris 8 Vincennes - Saint-Denis, j’ai décidé de poursuivre dans cette voie et de m’orienter vers un master de psychologie. Je suis actuellement en première année de master de psychologie « Ergonomie, Travail, Formation et Vie quotidienne.
Finiavana Andrianarivelo : j’ai 26 ans et je réside à Saint-Denis. Je suis d’origine malgache et j’ai commencé mes études en France en 2015. Ayant déjà fait des études de psychologie à Madagascar, j’ai pu poursuivre en deuxième année de licence de psychologie et maintenant je suis en première année de master de psychologie « Ergonomie, Travail, Formation et Vie quotidienne ».

Qu’est-ce qui vous a incité à choisir de vous former en ergonomie ?

Finiavana : J’ai découvert l’ergonomie pendant mes études en France, et je me suis vite passionnée pour ce domaine pour diverses raisons. Tout d’abord, pour son mode de pratique qui vous donne la sensation de débuter chaque fois une nouvelle aventure car contrairement à d’autres disciplines, l’ergonomie repose sur la nécessité d’aller sur le terrain pour en réaliser une étude spécifique. L’ergonomie permet également selon moi de faire des découvertes que cela soit des innovations techniques, l’utilisation de nouveaux matériels, la mise en place de modes de travail différents, etc. Elle est adaptée à notre mode de vie actuel (l’ère des nouvelles technologies). L’ergonomie me fait vivre de nouvelles expériences. »
Ashley : Mon projet professionnel s’est toujours fondé sur deux points. Mon désir d’aider les autres et mon ambition d’apprendre et de me questionner encore et toujours plus. Ces deux dimensions sont selon moi, à la base de l’ergonomie. Je considère en effet, que l’ergonome vient en aide aux autres d’une manière qui lui est propre en s’appuyant sur son empathie et en employant ses connaissances, ses compétences et ses savoir-faire afin de répondre aux besoins et bien être de l’homme. Qu’il participe à l’amélioration ou à la conception d’un objet, d’un lieu ou d’une situation, il prend en compte l’ensemble des acteurs pertinents au processus et à l’aboutissement du projet, et les placent eux et leurs besoins au centre de ses réflexions. L’ergonomie est aussi à la croisée de multiples et divers domaines, l’ergonome est amené à conjuguer des approches comme la médecine, l’architecture, la psychologie, la sociologie, l’ingénierie et bien d’autres champs afin d’atteindre ses objectifs. Les secteurs d’activités qui se présentent à l’ergonome sont également illimités, car chaque situation de travail, de formation, de vie quotidienne ou de conception représente une opportunité de réflexion. Enfin, l’ergonomie représente également pour moi, une ouverture vers un monde de découvertes et d’apprentis-sages en continu. Elle nous offre l’opportunité de nous questionner à partir des résultats de nos recherches, la solution d’aujourd’hui pouvant être le problème de demain.

Parlez-nous de votre stage sur la taille arboricole : à quelle question cherchez-vous à apporter une réponse et comment vous y prenez-vous ?

Ashley :  Notre stage repose sur la volonté d’étudier les différentes dimensions qui sous-tendent la réalisation de la taille de pommiers et de poiriers, c’est-à-dire observer sur le terrain les arboriculteurs pendant qu’ils effectuent l’activité de taille pour pouvoir étudier les facteurs qui ont une influence sur celle-ci. Il s’agit de facteurs humains (l’expérience, le savoir-faire, les compétences, les caractéristiques personnelles, etc.) mais aussi organisationnels (l’organisation du travail, les horaires etc.) et techniques (le matériel utilisé, l’organisation de l’espace de travail) qui entrent en jeu dans la réalisation de cette activité. L’objectif est, d’une part, de comprendre et d’identifier les effets que cette activité peut avoir sur la santé des arboriculteurs (des effets qui peuvent être aussi bien positifs que négatifs, des effets physiques mais aussi psychologiques). D’autre part, nous cherchons à appréhender les ressources et stratégies que ceux-ci mettent en place dans le but de conserver à la fois leur bien-être et de répondre aux exigences de productivité. Nous cherchons à déterminer ce que les arboriculteurs qualifient de « bonne taille », de quelle manière ils parviennent à la réaliser sur une période de temps courte pour chaque arbre (de l’ordre de quelques minutes) et en quoi cette taille contribue à la fois à la qualité de la production et à la préservation de la santé des arbres mais également à une préservation de la santé des arboriculteurs à travers une économie de leurs ressources. 
Finiavana : Nous avons décidé Ashley et moi de collaborer sur ce projet et de réaliser ce stage en binôme. Afin de réaliser notre étude, notre stage comprend des périodes sur le terrain, auprès des arboriculteurs, où Ashley et moi sommes amenés à réaliser des observations de leur activité, des entretiens, des prises de photographies et des prises vidéo. Il comprend également des périodes en dehors du terrain durant lesquelles nous nous consacrons à l’analyse et aux traitements des données recueillies sur le terrain. Nous tentons de mettre en application les différents concepts, approches, compétences et savoir-faire que nous avons acquis tout au long de notre formation en ergonomie, afin de les mettre au service de ce projet. Notre stage repose sur la bienveillance et le respect. Nous veillons toujours chacune à ne pas entraver ou ralentir le travail des arboriculteurs. De même, notre objectif n’est pas d’émettre de jugements ou des critiques mais d’apporter un nouveau regard et de mettre en lumière des éléments qui jusque-là sont restés invisibles. 

L'arboriculture, ce n'est pas une activité très "à la mode" à l'ère du numérique, qu'est-ce qui a retenu votre attention dans ce projet de stage ?

Finiavana : Je fais ma première année de master en deux ans, c’est donc mon second stage dans le même niveau. L’année dernière, j’ai réalisé un stage en EHPAD, c’est-à-dire un Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes et le terrain avait été difficile d’accès, ce qui ne m’a pas permis de réaliser une étude assez approfondie. J’ai donc dû réaliser de nouveau un stage cette année. Ayant travaillé dans le milieu médical durant ma première année, je souhaitais m’investir dans un milieu différent cette fois-ci. J’ai choisi de postuler pour ce stage autour du métier d’arboriculteur car c’est un métier qui m’a paru tout de suite intéressant et original à étudier. Ne connaissant que très peu ce milieu et étant passionnée et désireuse de découvrir de nouvelles choses, j’ai voulu saisir cette opportunité. Selon moi, le métier d’arboriculteur n’est pas très connu du public alors qu’il constitue pourtant une part importante dans la préservation de notre environnement. 
Ashley : … (rires) Je suis sûre que l’on aurait pu dire la même chose de l’ergonomie il n’y a pas si longtemps. Je pense justement que l’arboriculture est une activité « à la mode » et si elle ne l’est pas, elle devrait l’être. Dans un paysage où les nouvelles technologies ont et prennent une place de plus en plus importante, le développement durable n’est selon moi pas très loin derrière. Certes, il nous reste beaucoup de progrès à faire dans ce domaine, mais je pense justement que l’arboriculture et de manière plus globale, la nature, sont des clés indispensables vers ces avancées. Je ne pense pas que nous devrions placer l’ère du numérique en concurrence avec l’ère du développement durable, mais au contraire chercher un équilibre entre les deux, et pourquoi pas une symbiose. On peut déjà en constater les bienfaits, pour l’un comme pour l’autre, à travers le biomimétisme par exemple. Une approche qui s’inspire du vivant et de la nature pour élaborer des applications qui répondent à des problématiques de notre société tout en étant respectueuses de l’environnement, tel que le centre Bullitt à Seattle, un immeuble dont la construction a été inspiré par le Sapin de Douglas et qui aspirait à être le bâtiment commercial le plus vert au monde. J’ai donc choisi de postuler à ce stage pour sa volonté de soutenir l’arboriculture et de redynamiser l’agriculture groslaysienne mais également pour son désir de mettre en lumière un patrimoine souvent moins pris en compte car immatériel mais pourtant si précieux et si important, le savoir-faire, le savoir-faire des arboriculteurs. De même, j’ai vu à travers ce projet, tout comme Finiavana, la possibilité de découvrir un milieu que je ne connaissais pas, original et intéressant par sa richesse et sa diversité. Ce stage auprès des arboriculteurs groslaysiens et du Réseau Groslaysien était aussi pour moi une opportunité d’apprendre, de mettre en pratique mes compétences, de les développer et les placer au service de la mission présentée.

Merci beaucoup à vous deux. Nous vous souhaitons bon courage pour la fin de votre stage. 

Un grand merci à Didier Lidouren et Marianne Merlet pour les belles photos qui illustrent cet entretien.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire